Vous avez maintenant terminé vos lectures hebdomadaires. Celles ci vous ont permis de mieux saisir ce qu’il en est de l’éthique, de son origine, de ses champs d’application, etc. Pour résumer un peu grossièrement, l’éthique tente de répondre aux questions : « Comment orienter ses comportements et ses prises de décisions, dans une perspective de mieux-être et de mieux-vivre ensemble? Comment évaluer les conséquences de ses décisions ou de ses actions? ». Vous aurez compris que l’éthique ne se résume pas à une série de règles à appliquer les yeux fermés!
Imaginez maintenant que vous êtes un ou une professionnelle des relations publiques à l’emploi d’une grande multinationale. Jusqu’où iriez-vous pour défendre les intérêts de l’organisation qui vous emploie? Pourriez-vous mentir si cela vous permettait de conserver votre emploi? Accepteriez-vous d’utiliser une fausse identité sur les réseaux sociaux pour défendre votre organisation ou faire la promotion de ses produits et services? Seriez-vous en mesure de confronter un patron qui l’exigerait de vous? Céderiez-vous à la tentation d’offrir des cadeaux à des journalistes dans le but de les inciter à parler en bien de votre organisation? Accepteriez-vous des « cadeaux » de fournisseurs externes? Des billets de spectacle? Un séjour dans un bel hôtel? Les réponses à ces questions peuvent vous paraître aisées… Le mensonge, la tromperie, l’acceptation de pots de vin ne sont certainement pas éthiques! Tant que cela demeure « de la théorie », les réponses semblent plutôt évidentes. Or, en réalité, les enjeux éthiques sont nombreux. Les décisions à prendre ne sont pas nécessairement aisées et les comportements éthiques pas toujours aussi faciles à adopter d’emblée.
Cette semaine, nous vous proposons de parcourir les récentes éditions de votre quotidien favori ou encore votre fil de nouvelles Twitter ou Facebook. Pouvez-vous, d’ores et déjà, déterminer des problématiques qui vous semblent relever de l’ordre de l’éthique? Selon vous, pourquoi certaines personnes (parfois très connues et très respectées) s’adonnent-elles à des pratiques douteuses sur le plan éthique?
Les lectures de cette semaine vous ont permis de vous familiariser avec les différentes étapes de la démarche éthique proposée par Duhamel et Mouelhi (2001), à savoir :
Une fois le problème bien identifié et correctement posé (étape de la narration), il est alors possible d’évaluer les différentes possibilités d’action et de prendre une décision (étape de la délibération).
Cette semaine, nous vous proposons de réaliser un exercice qui vous permettra de mettre en pratique la démarche éthique proposée par Duhamel et Mouelhi (2001).
Petit rappel sur ce qu’est un problème moral
« Nous reconnaissons l’existence d’un problème lorsque nous sommes incapables de choisir sans hésitation entre les différentes possibilités qui s’offrent à nous dans la situation : nous avons peine à nous décider et nous souffrons parfois de cette situation. Et nous considérons le problème comme étant le nôtre non seulement quand la solution dépend de notre décision, mais aussi quand notre choix porte à conséquence » (Duhamel et Mouelhi, 2001, p. 173).
« En règle générale, pour qu’un problème soit d’ordre moral, il doit mettre notre action en rapport avec des exigences supérieures, une norme ou un idéal dont nous reconnaissons la valeur et auquel nous nous sentons obligés de répondre » (Métayer, 2002, p. 3).
Voici un exemple qui s’applique à la pratique des relations publiques : imaginez que vous travaillez, à titre de professionnelle des relations publiques, pour un important promoteur immobilier qui souhaite construire de nouvelles unités de condo sur un ancien site d’enfouissement de la ville de Montréal. Un rapport d’expertise démontre que le sol contient très peu de contaminants et que ceux-ci ne sont pas nuisibles à la santé. Vous discutez de la situation avec votre patron qui vous explique que cette information ne doit pas être divulguée aux acheteurs potentiels, puisque cela pourrait grandement nuire aux ventes et que, de toute manière, les contaminants identifiés sont inoffensifs. Vous hésitez entre tenter de convaincre votre patron de vous laisser communiquer l’information en expliquant clairement les faits ou cacher cette information qui, au fond, n’est peut-être pas si importante…
Supposons que la professionnelle des relations publiques, dans notre exemple, décide de s’astreindre aux plus hautes normes d’honnêteté, de vérité et d’intégrité, de ne pas sciemment diffuser une information incomplète et qu’elle sait trompeuse. Elle devra maintenant justifier sa décision (et convaincre son patron!).
Cette semaine, nous vous proposons de revenir sur la question des valeurs.
Les lectures de cette semaine vous ont permis de mieux saisir en quoi consistait une relation professionnelle. Vous aurez compris que malgré le fait que les relations publiques ne soient pas une profession réglementée, rien n’empêche les professionnels des relations publiques d’appliquer des normes et des valeurs éthiques dans leur pratique!
Cette semaine, nous vous proposons de consulter deux codes d’éthique mentionnés dans le texte de Dumas (2010) :
En quoi ces codes sont-ils comparables? Pouvez-vous noter des différences? À titre d’exemple, dans le texte du Code d’Athènes, l’un des énoncés stipule que le praticien des relations publiques doit exercer sa profession en suivant les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Dans celui de la SCRP, on adopte un ton plus « local », en référant plutôt à la Charte canadienne des droits et libertés. Ces deux codes s’inspirent donc de principes moraux universels (ou quasi universels).
Le code de la SCRP semble surtout se distinguer du Code d’Athènes dans l’opérationnalisation des énoncés de principes : ces derniers sont plus précis et plus directifs. On y lit, par exemple : « Tout membre doit être disposé à divulguer le nom de l’employeur ou du client au nom de qui il fait des communications publiques ». Le Code d’Athènes se contente surtout d’énoncés des principes plus généraux.
Que pensez-vous de cette affirmation de Chomsky et McChesney (2000, p. 29) : « Les relations publiques sont une industrie gigantesque qui dépense environ un milliard de dollars chaque année. Son but a toujours été de contrôler l’opinion publique »?
Référence : Chomsky, N. et McChesney, R.W. (2000). Propagande, médias et démocratie. Montréal : Les éditions Écosociété.
À une époque où la transparence est souvent prônée comme étant une valeur clé par plusieurs organisations, existe-t-il des cas où celle-ci peut être néfaste? Montréal, 8 heures : vous êtes en retard au boulot et, comble de malchance, le métro est en panne. À l’interphone, vous entendez : « Le service est interrompu entre les stations Angrignon et Frontenac pour une durée indéterminée ». Depuis le début des années 1990, la Société de transport de Montréal (STM) ne médiatise plus les cas de tentatives de suicides ou de suicides, craignant un effet contagieux. Les médias sont aussi frileux lorsqu’il est question de suicide. Ces derniers respectent généralement cette prohibition, craignant que leur médiatisation ne fasse qu’augmenter les statistiques de cas de suicides. C’est ce qu’on appelle l’effet de Werther. Conséquemment, la décision de la STM de ne pas médiatiser les suicides dans ses stations de métro semble être le choix moral et éthique à faire pour prévenir ce genre d’incidents. Alors que la « transparence » est identifiée par la STM comme étant l’une de ses principales valeurs, l’organisation demeure sciemment muette lorsqu’il est question de suicide.
Pouvez-vous imaginer une autre situation pour laquelle le professionnel des relations publiques devrait taire une information plutôt que de faire preuve de transparence devant les journalistes, et ce, en adoptant un comportement tout à fait éthique? Pour des raisons de confidentialité ou encore de sécurité, par exemple… Selon Dagenais (2016, p. 183) : « Une véritable règle de transparence permettrait à chaque demandeur d’information de recevoir une information claire, à jour et exacte. Or, dans toute entreprise, pour des raisons stratégiques ou éthiques, certaines informations doivent demeurer confidentielles. » Êtes-vous d’accord avec cette affirmation?
Référence : Dagenais, B. (1999). Le métier de relationniste. Sainte-Foy : Les Presses de l’Université Laval.
Cette semaine, nous vous proposons…
La célèbre chaîne d’hôtels SandBeach vient de vous engager à titre de gestionnaire de communauté. Possédant une vingtaine d’hôtels de luxe dans sept pays (la Barbade, la République dominicaine, Cuba, le Mexique, Antigua, le Costa Rica et la Jamaïque), SandBeach souhaite augmenter sa notoriété et se positionner comme une chaîne d’hôtels innovante, soucieuse de l’environnement et respectueuse des communautés locales. À titre de gestionnaire de communauté, vous devez notamment animer quotidiennement les comptes Facebook, Twitteret Instagram de la compagnie, et interagir avec vos abonnés. Votre supérieur vous a également donné le mandat de lire les différents commentaires et avis diffusés sur le Web par des voyageurs ayant séjourné dans les établissements de SandBeach. Il souhaite que vous répondiez, au nom de SandBeach, aux différents commentaires, notamment ceux publiés sur le site TripAdvisor.
Vous vous acquittez de ce travail avec grand plaisir. Toutefois, après plusieurs semaines, vous vous rendez compte que le nombre de commentaires négatifs sur le site de TripAdvisor est beaucoup plus élevé que le nombre de commentaires positifs. Vous attribuez cela au fait que les gens ayant aimé leur expérience ne prennent sans doute pas le temps d’écrire leur avis sur le Web. Afin de rééquilibrer ce ratio, vous demandez à plusieurs de vos amis de rédiger différents commentaires positifs à propos des hôtels de SandBeach, et ce, même s’ils n’y ont jamais séjourné. Vous avez même l’idée de vous créer un faux compte pour pouvoir rédiger, sous couvert de l’anonymat, vos propres commentaires. Vous vous ravisez cependant, pensant que cela ne serait pas très professionnel de votre part. Lorsque votre supérieur vous demande un résumé des commentaires recueillis jusqu’à maintenant sur le Web à propos des hôtels de la compagnie, un doute vous assaille. Vous vous demandez si le fait d’avoir demandé à vos amis et connaissances de rédiger de faux commentaires est vraiment condamnable sur le plan éthique. Peut-on réellement parler de mensonges dans ce cas-ci? Peut-on réellement affirmer qu’il s’agit de fausses affirmations? À votre humble avis, il est tout à fait vrai d’écrire que le personnel des hôtels SandBeach est très accueillant, que les chambres sont toujours très propres et que la nourriture y est excellente! Au fond, ne servez-vous pas les intérêts de votre organisation? N’êtes-vous pas à son emploi pour augmenter le taux de notoriété de l’entreprise?
Questions
1. Quels sont les faits marquants de la situation?
Rétroaction : Vous êtes le gestionnaire de communauté de SandBeach. Une partie de votre mandat consiste à lire et à répondre aux avis des différents voyageurs ayant séjourné dans les hôtels de SandBeach. Vous vous apercevez qu’il y a peu de commentaires positifs par rapport aux commentaires négatifs et décidez d’y remédier. Vous ne créez pas de compte « fantôme » en votre nom propre, mais demandez à plusieurs de vos amis de publier des commentaires élogieux, alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans les établissements concernés. Votre patron veut maintenant un résumé des principaux commentaires émis. Vous avez des doutes sur le caractère éthique de votre démarche. Vous avez de la difficulté à déterminer si le fait d’avoir fait publier ce que vous considérez être « de pieux mensonges » est réellement condamnable sur le plan éthique.
2. Quel est le dilemme éthique?
Rétroaction : Devrais-je retirer les faux avis positifs publiés par mes amis sur le site de TripAdvisor, même si ces derniers contribuent, à court terme, à augmenter la notoriété de l’entreprise qui m’emploie?
3. Quelles sont les valeurs en cause?
Rétroaction : Parmi les valeurs en cause, nous pourrions nommer, par exemple, l’honnêteté versus la rentabilité, le professionnalisme versus mes intérêts personnels (ou celui de bien paraître aux yeux de son employeur).
4. Quelles sont les normes, les dispositions déontologiques ou encore les lois qui régissent cette situation?
Rétroaction : Dans cette situation, nous pourrions nous référer, par exemple, à la disposition déontologique suivante (énoncé du Code d’éthique professionnelle de la Société canadienne des relations publiques) : « Tout membre doit s’astreindre aux plus hautes normes d’honnêteté, d’exactitude, d’intégrité, de vérité et ne doit pas sciemment diffuser des informations qu’il sait fausses ou trompeuses ». Nous pourrions également nous référer à la Loi sur la protection du consommateur qui interdit à un commerçant d’effectuer une représentation fausse ou trompeuse à un consommateur. Bien sûr, la norme morale et sociale veut que l’on ne mente pas à autrui.
5. Quelles sont les conséquences positives et négatives de la situation actuelle pour chacune des parties en cause?
Parties en cause |
Conséquences positives |
Conséquences négatives |
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Pour vous |
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Pour SandBeach |
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Pour les consommateurs (ceux qui consultent le site TripAdvisor) |
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6. Quelle serait votre décision? Comment la justifiez-vous?
Rétroaction : Vous décidez de retirer les faux commentaires du site Web TripAdvisor puisqu’il s’agit d’une technique qui relève de l’astroturfing. Bien que ce ne soit pas vous qui vous êtes fait passer pour un autre, vous avez instigué ces commentaires trompeurs. Cela va à l’encontre de votre code d’éthique et des normes morales. Vous décidez de privilégier l’honnêteté plutôt qu’une possible rentabilité à court terme.
Lisez l’article suivant, qui met en scène une pratique similaire à l’astroturfing et des activités de lobbying douteuses sur le plan éthique.
Lecavalier, C. (2016). « Uber fait appel à CROP pour mettre de la pression. ». Journal de Québec, 4 mai 2016. En ligne : https://www.journaldequebec.com/2016/05/04/uber-fait-appel-a-crop-pour-mettre-de-la-pression
Questions
Questions
Quel est le rôle du professionnel des relations publiques qui a comme mandat de promouvoir un projet porteur d’externalités négatives pour les communautés environnantes?
Les relations publiques ne sont pas neutres et n’ont pas la prétention de l’être. Pour le professionnel des relations publiques qui a comme mandat de promouvoir un projet potentiellement porteur d’externalités négatives pour les communautés environnantes, les enjeux sont de taille. Il est fort probable que ses intentions soient perçues, dès le départ, comme étant malhonnêtes par les parties prenantes. Son principal défi consistera à servir, en toute honnêteté, éthique et professionnalisme, le point de vue qu’il doit défendre. Comment s’y prendra-t il?
Son rôle ne devra certainement pas consister à mettre en place des stratégies visant une acceptabilité sociale du projet à tout prix! Il devra plutôt chercher à instaurer un véritable dialogue entre l’organisation qu’il représente, les décideurs (les élus municipaux, par exemple) et la population. La mise en place d’un système de communication bidirectionnelle et symétrique, dans lequel il sera à la fois émetteur (il informera honnêtement et de façon transparente la population) et récepteur (il écoutera de façon active les questionnements, les doléances des parties prenantes dans le but de répondre aux questions et de régler conjointement les problèmes ou les enjeux soulevés), aura pour objectif d’en arriver, idéalement, à une acceptation du projet (possiblement modifié) de part et d’autre. Il valorisera l’intelligence citoyenne, fera preuve d’ouverture (prêt à travailler avec les populations locales) et de respect.