Jusqu’où iriez-vous?

Vous avez maintenant terminé vos lectures hebdomadaires. Celles ci vous ont permis de mieux saisir ce qu’il en est de l’éthique, de son origine, de ses champs d’application, etc. Pour résumer un peu grossièrement, l’éthique tente de répondre aux questions : « Comment orienter ses comportements et ses prises de décisions, dans une perspective de mieux-être et de mieux-vivre ensemble? Comment évaluer les conséquences de ses décisions ou de ses actions? ». Vous aurez compris que l’éthique ne se résume pas à une série de règles à appliquer les yeux fermés!

Imaginez maintenant que vous êtes un ou une professionnelle des relations publiques à l’emploi d’une grande multinationale. Jusqu’où iriez-vous pour défendre les intérêts de l’organisation qui vous emploie? Pourriez-vous mentir si cela vous permettait de conserver votre emploi? Accepteriez-vous d’utiliser une fausse identité sur les réseaux sociaux pour défendre votre organisation ou faire la promotion de ses produits et services? Seriez-vous en mesure de confronter un patron qui l’exigerait de vous? Céderiez-vous à la tentation d’offrir des cadeaux à des journalistes dans le but de les inciter à parler en bien de votre organisation? Accepteriez-vous des « cadeaux » de fournisseurs externes? Des billets de spectacle? Un séjour dans un bel hôtel? Les réponses à ces questions peuvent vous paraître aisées… Le mensonge, la tromperie, l’acceptation de pots de vin ne sont certainement pas éthiques! Tant que cela demeure « de la théorie », les réponses semblent plutôt évidentes. Or, en réalité, les enjeux éthiques sont nombreux. Les décisions à prendre ne sont pas nécessairement aisées et les comportements éthiques pas toujours aussi faciles à adopter d’emblée.

Cette semaine, nous vous proposons de parcourir les récentes éditions de votre quotidien favori ou encore votre fil de nouvelles Twitter ou Facebook. Pouvez-vous, d’ores et déjà, déterminer des problématiques qui vous semblent relever de l’ordre de l’éthique? Selon vous, pourquoi certaines personnes (parfois très connues et très respectées) s’adonnent-elles à des pratiques douteuses sur le plan éthique?

Saurez-vous appliquer la démarche éthique?

Les lectures de cette semaine vous ont permis de vous familiariser avec les différentes étapes de la démarche éthique proposée par Duhamel et Mouelhi (2001), à savoir :

  1. La narration du problème moral et la formulation du conflit.
  2. La délibération et son terme : la décision.
  3. La justification de la décision par de bonnes raisons : l’argumentation.
  4. La poursuite du dialogue rationnel malgré les désaccords.

Une fois le problème bien identifié et correctement posé (étape de la narration), il est alors possible d’évaluer les différentes possibilités d’action et de prendre une décision (étape de la délibération).

Cette semaine, nous vous proposons de réaliser un exercice qui vous permettra de mettre en pratique la démarche éthique proposée par Duhamel et Mouelhi (2001).

  • Narration d’un problème moral
    • Racontez clairement, de manière à être bien compris de vos interlocuteurs, un problème moral que vous rencontrez. Nous vous suggérons de partir d’un problème moral que vous pourriez rencontrer si vous étiez un professionnel des relations publiques.

Petit rappel sur ce qu’est un problème moral

« Nous reconnaissons l’existence d’un problème lorsque nous sommes incapables de choisir sans hésitation entre les différentes possibilités qui s’offrent à nous dans la situation : nous avons peine à nous décider et nous souffrons parfois de cette situation. Et nous considérons le problème comme étant le nôtre non seulement quand la solution dépend de notre décision, mais aussi quand notre choix porte à conséquence » (Duhamel et Mouelhi, 2001, p. 173).

« En règle générale, pour qu’un problème soit d’ordre moral, il doit mettre notre action en rapport avec des exigences supérieures, une norme ou un idéal dont nous reconnaissons la valeur et auquel nous nous sentons obligés de répondre » (Métayer, 2002, p. 3).

Voici un exemple qui s’applique à la pratique des relations publiques : imaginez que vous travaillez, à titre de professionnelle des relations publiques, pour un important promoteur immobilier qui souhaite construire de nouvelles unités de condo sur un ancien site d’enfouissement de la ville de Montréal. Un rapport d’expertise démontre que le sol contient très peu de contaminants et que ceux-ci ne sont pas nuisibles à la santé. Vous discutez de la situation avec votre patron qui vous explique que cette information ne doit pas être divulguée aux acheteurs potentiels, puisque cela pourrait grandement nuire aux ventes et que, de toute manière, les contaminants identifiés sont inoffensifs. Vous hésitez entre tenter de convaincre votre patron de vous laisser communiquer l’information en expliquant clairement les faits ou cacher cette information qui, au fond, n’est peut-être pas si importante…

  • Délibération et décision
    • La première étape de la délibération consiste à déterminer les valeurs qui entrent en jeu dans le problème vécu. Vous devez donc, dans un premier temps, déterminer, dans le problème que vous avez formulé précédemment, les valeurs qui s’entrechoquent. Dans l’exemple que nous avons donné, les valeurs en jeu pourraient être la transparence ou l’honnêteté versus le profit ou la productivité.
    • La deuxième étape de la délibération consiste à examiner les faits, les éléments de contexte qui sont apparemment objectifs et qui aideront la prise de décision. Dans l’exemple de la professionnelle en relations publiques au service du promoteur immobilier, les faits pourraient être les suivants :
      • Le rapport d’expertise démontre qu’il y a présence de X contaminants dans le sol (x % de la surface du terrain).
      • Le rapport d’expertise indique que ces contaminants ne sont pas nuisibles à la santé.
      • Le rapport d’expertise démontre qu’il n’est pas impossible que ces contaminants se propagent dans le sol (lors de rénovations, par exemple, des voisins pourraient découvrir que leur terrain est aussi contaminé et tenir les propriétaires des unités de condo responsables).
      • Ni les courtiers immobiliers ni les promoteurs immobiliers n’ont l’obligation légale de signaler la contamination d’un terrain aux acheteurs potentiels dans le domaine résidentiel.
      • La clientèle cible pour la vente des unités de condo est constituée de jeunes professionnels et de jeunes familles.
    • La troisième étape de la délibération est le jugement et la prise de décision. Vous devez maintenant soupeser les diverses raisons qui vous feront pencher d’un côté ou de l’autre de la balance. Autrement dit, vous devez tenter de mesurer, de pondérer, d’équilibrer les valeurs et les raisons d’agir. « Délibérer, c’est s’engager dans un processus d’examen et de réflexion où la raison a une part importante. En fait, on soupèse et on évalue les raisons pour lesquelles certaines choses nous importent, les valeurs qui font que ces choses méritent d’être désirées » (Duhamel et Mouelhi, 2001, p. 177). Une fois cette réflexion effectuée, vous en arriverez à une décision. Quelle est-elle? Dans notre exemple, la professionnelle des relations publiques doit choisir entre :
      1. faire preuve de transparence, d’honnêteté et d’intégrité envers sa profession en divulguant l’information sur la contamination du terrain, afin que les futurs acheteurs puissent prendre leur décision en toute connaissance de cause; ou
      2. taire cette information et maximiser ainsi les profits de la vente des unités de condo dans un plus court laps de temps, et ce, sans pour autant enfreindre la loi (puisqu’aucune réglementation n’oblige le promoteur à divulguer cette information).

Supposons que la professionnelle des relations publiques, dans notre exemple, décide de s’astreindre aux plus hautes normes d’honnêteté, de vérité et d’intégrité, de ne pas sciemment diffuser une information incomplète et qu’elle sait trompeuse. Elle devra maintenant justifier sa décision (et convaincre son patron!).

  • La justification de la décision
    • L’étape de la justification consiste à argumenter, de façon rationnelle, la décision qui a été prise : « La justification consiste dans l’apport d’arguments susceptibles de convaincre tout un chacun, car ils s’adressent à la raison » (Duhamel et Mouelhi, 2001, p. 181). Vous devez donc maintenant mettre sur papier les arguments qui soutiennent votre décision. Vous pouvez opter pour les types d’arguments suivants : l’examen des conséquences, l’appel à la justice et aux droits ou encore le recours à la nature. Dans notre exemple, la professionnelle des relations publiques pourrait notamment arguer que :
      • le promoteur immobilier s’expose à d’éventuelles poursuites judiciaires ou recours collectifs, et ce, même s’il croit être dans son droit;
      • si cette information devait être dévoilée un jour, le promoteur en souffrirait (perte de réputation pour avoir caché une information de cette nature, perte de crédibilité auprès des autres clients et, conséquemment, perte de profits à long terme…);
      • le promoteur a un devoir moral envers les acheteurs potentiels pour lesquels cet achat est probablement l’un des plus importants de leur vie;
      • les acheteurs potentiels devraient être informés de la présence de contaminants, même s’ils sont inoffensifs, au cas où, au fil des années, ces contaminants devenaient nuisibles ou s’étendaient sur les terrains voisins;
      • Etc.
  • La poursuite du dialogue rationnel malgré les désaccords
    • Il est possible que malgré un argumentaire que l’on croyait solide, l’autre partie n’adhère pas à notre décision. Que faire alors, sinon écouter ce que l’autre peut avoir à dire? « Le dialogue constitue une bonne manière de surmonter un désaccord éthique, tout comme la délibération répond à l’expérience éthique du manque et du conflit » (Duhamel et Mouelhi, 2001, p. 181). Reprenez votre problème de départ. Quels pourraient être les arguments qui vont à l’encontre des vôtres? Quelles sont les sources de désaccord? Autrement dit, sur quels éléments précis porte le désaccord? Ces éléments peuvent-ils être amoindris ou contournés? Dans notre exemple, le promoteur immobilier pourrait arguer qu’il a besoin d’argent rapidement pour payer ses fournisseurs et continuer de faire des affaires, et que la divulgation de ces informations sur la contamination du terrain ralentira sans aucun doute les ventes (et diminuera la marge de profit). Que répondre à cela? Serait-ce utile d’adopter une attitude moralisatrice et de reprocher au promoteur de ne pas être digne de sa profession? Sans doute pas. « Comme la délibération et la justification, le dialogue poursuit un but : surmonter le désaccord, c’est-à-dire convaincre l’autre ou s’entendre avec lui sur une nouvelle action » (Duhamel et Mouelhi, 2001, p. 188). Or, rien ne garantit qu’à la fin du dialogue, les deux parties seront d’accord. Dans notre exemple, si le promoteur du projet immobilier refuse de diffuser l’information, la professionnelle des relations publiques pourrait simplement décider de se retirer de ce dossier précis et travailler sur la promotion d’autres projets immobiliers qui ne sont pas controversés. Elle pourrait aussi décider de démissionner ou, à contrario, de passer outre sa conscience professionnelle et éthique et d’accepter les conditions du promoteur immobilier.

Quelles sont vos valeurs?

Cette semaine, nous vous proposons de revenir sur la question des valeurs.

  1. Nos valeurs fondent souvent nos motivations, nos décisions et nos actions : « [Elles] définissent en partie ce que nous aspirons à devenir, ce que nous aimerions réaliser et atteindre par-dessus tout dans notre vie. Elles font partie de nous-mêmes, de notre identité » (Métayer, 2002, p. 9). Quelles sont les cinq valeurs qui vous caractérisent le plus dans votre vie personnelle? Est-ce que ces mêmes valeurs vous animent dans votre vie professionnelle? Pour vous aider à déterminer ces valeurs, nous vous nommons les suivantes.
    • Amour
    • Amitié
    • Altruisme
    • Ancienneté
    • Ardeur
    • Argent
    • Assiduité
    • Audace
    • Autonomie
    • Autorité
    • Beauté
    • Bonheur
    • Bonté
    • Bravoure
    • Calme
    • Charité
    • Civilité
    • Collaboration
    • Compétence
    • Compétitivité
    • Confiance
    • Confort
    • Conformité
    • Constance
    • Courage
    • Courtoisie
    • Créativité
    • Curiosité
    • Débrouillardise
    • Démocratie
    • Devoir
    • Dialogue
    • Dignité
    • Diplomatie
    • Discipline
    • Discrétion
    • Diversité
    • Droiture
    • Dynamisme
    • Éducation
    • Efficacité
    • Égalité
    • Effort
    • Enthousiasme
    • Entraide
    • Équité
    • Épanouissement
    • Esprit d’équipe
    • Esthétisme
    • Excellence
    • Famille
    • Fiabilité
    • Fidélité
    • Flegme
    • Flexibilité
    • Force
    • Franchise
    • Fraternité
    • Frugalité
    • Générosité
    • Gentillesse
    • Harmonie
    • Honnêteté
    • Honneur
    • Humanisme
    • Humilité
    • Humour
    • Imagination
    • Impartialité
    • Indépendance
    • Innovation
    • Intégrité
    • Intelligence
    • Jeunesse
    • Justice
    • Liberté
    • Loisirs
    • Loyauté
    • Lucidité
    • Minutie
    • Modestie
    • Notoriété
    • Obéissance
    • Objectivité
    • Optimisme
    • Ordre
    • Originalité
    • Ouverture d’esprit
    • Paix
    • Pardon
    • Partage
    • Plaisir
    • Participation
    • Passion
    • Patience
    • Performance
    • Persévérance
    • Piété
    • Plaisir
    • Politesse
    • Polyvalence
    • Ponctualité
    • Popularité
    • Pouvoir
    • Prise de risque
    • Probité
    • Productivité
    • Profit
    • Progrès
    • Prudence
    • Pudeur
    • Rationalisme
    • Rectitude
    • Rendement
    • Réputation
    • Respect
    • Richesse
    • Rigueur
    • Sagesse
    • Santé
    • Sécurité
    • Sensibilité
    • Serviabilité
    • Simplicité
    • Solidarité
    • Sollicitude
    • Souplesse
    • Spiritualité
    • Sport
    • Stabilité
    • Statut social
    • Ténacité
    • Tolérance
    • Tradition
    • Transparence
    • Travail
    • Utilité
    • Vérité
    • Vertu
    • Victoire
    • Volonté
  2. Il est facile de clamer haut et fort que votre valeur la plus chère est l’honnêteté. Or, c’est souvent au moment de les « mettre en pratique » que vous saurez si les valeurs que vous déterminez comme étant importantes pour vous le sont vraiment et jusqu’à quel point. Pouvez-vous trouver, pour chacune des valeurs mentionnées précédemment, un exemple concret de leur application parmi les gestes que vous posez?

Les codes d’éthique en relations publiques : du pareil au même?

Les lectures de cette semaine vous ont permis de mieux saisir en quoi consistait une relation professionnelle. Vous aurez compris que malgré le fait que les relations publiques ne soient pas une profession réglementée, rien n’empêche les professionnels des relations publiques d’appliquer des normes et des valeurs éthiques dans leur pratique!

Cette semaine, nous vous proposons de consulter deux codes d’éthique mentionnés dans le texte de Dumas (2010) :

En quoi ces codes sont-ils comparables? Pouvez-vous noter des différences? À titre d’exemple, dans le texte du Code d’Athènes, l’un des énoncés stipule que le praticien des relations publiques doit exercer sa profession en suivant les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Dans celui de la SCRP, on adopte un ton plus « local », en référant plutôt à la Charte canadienne des droits et libertés. Ces deux codes s’inspirent donc de principes moraux universels (ou quasi universels).

Le code de la SCRP semble surtout se distinguer du Code d’Athènes dans l’opérationnalisation des énoncés de principes : ces derniers sont plus précis et plus directifs. On y lit, par exemple : « Tout membre doit être disposé à divulguer le nom de l’employeur ou du client au nom de qui il fait des communications publiques ». Le Code d’Athènes se contente surtout d’énoncés des principes plus généraux.

Les relations publiques et le contrôle de l’opinion

Que pensez-vous de cette affirmation de Chomsky et McChesney (2000, p. 29) : « Les relations publiques sont une industrie gigantesque qui dépense environ un milliard de dollars chaque année. Son but a toujours été de contrôler l’opinion publique »?

Référence : Chomsky, N. et McChesney, R.W. (2000). Propagande, médias et démocratie. Montréal : Les éditions Écosociété.

Toute vérité est-elle bonne à dire?

  • Réfléchissez à la situation suivante…

À une époque où la transparence est souvent prônée comme étant une valeur clé par plusieurs organisations, existe-t-il des cas où celle-ci peut être néfaste? Montréal, 8 heures : vous êtes en retard au boulot et, comble de malchance, le métro est en panne. À l’interphone, vous entendez : « Le service est interrompu entre les stations Angrignon et Frontenac pour une durée indéterminée ». Depuis le début des années 1990, la Société de transport de Montréal (STM) ne médiatise plus les cas de tentatives de suicides ou de suicides, craignant un effet contagieux. Les médias sont aussi frileux lorsqu’il est question de suicide. Ces derniers respectent généralement cette prohibition, craignant que leur médiatisation ne fasse qu’augmenter les statistiques de cas de suicides. C’est ce qu’on appelle l’effet de Werther. Conséquemment, la décision de la STM de ne pas médiatiser les suicides dans ses stations de métro semble être le choix moral et éthique à faire pour prévenir ce genre d’incidents. Alors que la « transparence » est identifiée par la STM comme étant l’une de ses principales valeurs, l’organisation demeure sciemment muette lorsqu’il est question de suicide.

Pouvez-vous imaginer une autre situation pour laquelle le professionnel des relations publiques devrait taire une information plutôt que de faire preuve de transparence devant les journalistes, et ce, en adoptant un comportement tout à fait éthique? Pour des raisons de confidentialité ou encore de sécurité, par exemple… Selon Dagenais (2016, p. 183) : « Une véritable règle de transparence permettrait à chaque demandeur d’information de recevoir une information claire, à jour et exacte. Or, dans toute entreprise, pour des raisons stratégiques ou éthiques, certaines informations doivent demeurer confidentielles. » Êtes-vous d’accord avec cette affirmation?

  • Amorcez une réflexion critique sur le concept de transparence, de vérité et de son corollaire : le mensonge…
    • Que pensez-vous du texte d’Isabelle Perras : « Pour y voir clair dans la transparence »? Êtes-vous d’accord avec l’auteure lorsqu’elle écrit :
      « S’il existe un terme galvaudé, employé à toutes les sauces sans trop comprendre sa signification, c’est bien le mot transparence. Souvent, plutôt que de désigner l’ensemble des informations dont un citoyen attentif aurait besoin pour juger des causes et des conséquences d’une décision, le terme est employé par des citoyens ou groupes de pression pour accuser les élus de cachotteries. Or, l’information que détient le gouvernement se décline en trois catégories : 1) confidentielle et secrète, 2) accessoire et inutile, 3) détaillée et essentielle à l’analyse rigoureuse pour faciliter sa prise de décision. Sans clarifier tout cela, on continuera longtemps de réclamer de la transparence sans jamais obtenir celle qu’il nous faut. »
    • Que pensez-vous de cette citation de Sormany (1988, dans Dagenais, 1999, p. 206) : « Parler vrai, cela ne veut pas dire qu’il faille s’abstenir de présenter les choses du bon côté. Parler vrai, ce n’est pas nécessairement tout dire, ne pas tout dire ne signifie pas mentir ».

Référence : Dagenais, B. (1999). Le métier de relationniste. Sainte-Foy : Les Presses de l’Université Laval.

L’éthique des journalistes et celle des professionnels en relations publiques

Cette semaine, nous vous proposons…

  • de consulter le Guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Quels liens pouvez-vous faire avec ce guide de déontologie et les différents codes d’éthique en relations publiques? Les valeurs promulguées par la FPJQ (esprit critique, impartialité, équité, indépendance, honnêteté et ouverture d’esprit) sont-elles conciliables avec celles de la SQPRP (intégrité, excellence, leadership et innovation)?
  • de développer un argumentaire (2 ou 3 paragraphes) pour expliquer à un futur employeur votre vision des relations de presse éthiques.

Le cas de SandBeach

La célèbre chaîne d’hôtels SandBeach vient de vous engager à titre de gestionnaire de communauté. Possédant une vingtaine d’hôtels de luxe dans sept pays (la Barbade, la République dominicaine, Cuba, le Mexique, Antigua, le Costa Rica et la Jamaïque), SandBeach souhaite augmenter sa notoriété et se positionner comme une chaîne d’hôtels innovante, soucieuse de l’environnement et respectueuse des communautés locales. À titre de gestionnaire de communauté, vous devez notamment animer quotidiennement les comptes Facebook, Twitteret Instagram de la compagnie, et interagir avec vos abonnés. Votre supérieur vous a également donné le mandat de lire les différents commentaires et avis diffusés sur le Web par des voyageurs ayant séjourné dans les établissements de SandBeach. Il souhaite que vous répondiez, au nom de SandBeach, aux différents commentaires, notamment ceux publiés sur le site TripAdvisor.

Vous vous acquittez de ce travail avec grand plaisir. Toutefois, après plusieurs semaines, vous vous rendez compte que le nombre de commentaires négatifs sur le site de TripAdvisor est beaucoup plus élevé que le nombre de commentaires positifs. Vous attribuez cela au fait que les gens ayant aimé leur expérience ne prennent sans doute pas le temps d’écrire leur avis sur le Web. Afin de rééquilibrer ce ratio, vous demandez à plusieurs de vos amis de rédiger différents commentaires positifs à propos des hôtels de SandBeach, et ce, même s’ils n’y ont jamais séjourné. Vous avez même l’idée de vous créer un faux compte pour pouvoir rédiger, sous couvert de l’anonymat, vos propres commentaires. Vous vous ravisez cependant, pensant que cela ne serait pas très professionnel de votre part. Lorsque votre supérieur vous demande un résumé des commentaires recueillis jusqu’à maintenant sur le Web à propos des hôtels de la compagnie, un doute vous assaille. Vous vous demandez si le fait d’avoir demandé à vos amis et connaissances de rédiger de faux commentaires est vraiment condamnable sur le plan éthique. Peut-on réellement parler de mensonges dans ce cas-ci? Peut-on réellement affirmer qu’il s’agit de fausses affirmations? À votre humble avis, il est tout à fait vrai d’écrire que le personnel des hôtels SandBeach est très accueillant, que les chambres sont toujours très propres et que la nourriture y est excellente! Au fond, ne servez-vous pas les intérêts de votre organisation? N’êtes-vous pas à son emploi pour augmenter le taux de notoriété de l’entreprise?

Questions

1. Quels sont les faits marquants de la situation?

Rétroaction : Vous êtes le gestionnaire de communauté de SandBeach. Une partie de votre mandat consiste à lire et à répondre aux avis des différents voyageurs ayant séjourné dans les hôtels de SandBeach. Vous vous apercevez qu’il y a peu de commentaires positifs par rapport aux commentaires négatifs et décidez d’y remédier. Vous ne créez pas de compte « fantôme » en votre nom propre, mais demandez à plusieurs de vos amis de publier des commentaires élogieux, alors qu’ils n’ont jamais mis les pieds dans les établissements concernés. Votre patron veut maintenant un résumé des principaux commentaires émis. Vous avez des doutes sur le caractère éthique de votre démarche. Vous avez de la difficulté à déterminer si le fait d’avoir fait publier ce que vous considérez être « de pieux mensonges » est réellement condamnable sur le plan éthique.

2. Quel est le dilemme éthique?

Rétroaction : Devrais-je retirer les faux avis positifs publiés par mes amis sur le site de TripAdvisor, même si ces derniers contribuent, à court terme, à augmenter la notoriété de l’entreprise qui m’emploie?

3. Quelles sont les valeurs en cause?

Rétroaction : Parmi les valeurs en cause, nous pourrions nommer, par exemple, l’honnêteté versus la rentabilité, le professionnalisme versus mes intérêts personnels (ou celui de bien paraître aux yeux de son employeur).

4. Quelles sont les normes, les dispositions déontologiques ou encore les lois qui régissent cette situation?

Rétroaction : Dans cette situation, nous pourrions nous référer, par exemple, à la disposition déontologique suivante (énoncé du Code d’éthique professionnelle de la Société canadienne des relations publiques) : « Tout membre doit s’astreindre aux plus hautes normes d’honnêteté, d’exactitude, d’intégrité, de vérité et ne doit pas sciemment diffuser des informations qu’il sait fausses ou trompeuses ». Nous pourrions également nous référer à la Loi sur la protection du consommateur qui interdit à un commerçant d’effectuer une représentation fausse ou trompeuse à un consommateur. Bien sûr, la norme morale et sociale veut que l’on ne mente pas à autrui.

5. Quelles sont les conséquences positives et négatives de la situation actuelle pour chacune des parties en cause?

Parties en cause

Conséquences positives

Conséquences négatives

Pour vous

  • Vous présentez un rapport plus positif des commentaires recueillis sur le Web à votre supérieur.
  • Vous rendez votre supérieur plus heureux et donc, possiblement plus satisfait de votre travail.
  • Vous augmentez la notoriété de l’entreprise (du moins, à court terme).
  • Vous contrevenez au code d’éthique de votre profession.
  • Vous devrez « vivre avec votre mensonge sur la conscience ».
  • Si cela venait à se savoir, vous pourriez être réprimandé, voire perdre votre emploi.

Pour SandBeach

  • SandBeach passe pour une chaîne d’hôtels d’où les voyageurs ressortent satisfaits.
  • Si cela venait à se savoir, l’entreprise serait vertement critiquée et risquerait de voir son taux de notoriété baisser.

Pour les consommateurs (ceux qui consultent le site TripAdvisor)

  • Aucune
  • Les consommateurs sont floués.
  • Ils risquent d’être déçus s’ils décident de séjourner dans un établissement de la chaîne SandBeach et que leurs attentes ne sont pas satisfaites.
  • Si cela venait à se savoir, ils pourraient décider de boycotter la chaîne d’hôtels, de lui faire de la mauvaise publicité, de donner des commentaires encore plus négatifs sur les médias sociaux, etc.

6. Quelle serait votre décision? Comment la justifiez-vous?

Rétroaction : Vous décidez de retirer les faux commentaires du site Web TripAdvisor puisqu’il s’agit d’une technique qui relève de l’astroturfing. Bien que ce ne soit pas vous qui vous êtes fait passer pour un autre, vous avez instigué ces commentaires trompeurs. Cela va à l’encontre de votre code d’éthique et des normes morales. Vous décidez de privilégier l’honnêteté plutôt qu’une possible rentabilité à court terme.

Le cas UBER et autres questions

Lisez l’article suivant, qui met en scène une pratique similaire à l’astroturfing et des activités de lobbying douteuses sur le plan éthique.

Lecavalier, C. (2016). « Uber fait appel à CROP pour mettre de la pression. ». Journal de Québec, 4 mai 2016. En ligne : https://www.journaldequebec.com/2016/05/04/uber-fait-appel-a-crop-pour-mettre-de-la-pression

Questions

  1. Pouvez-vous trouver un autre exemple tiré de l’actualité, illustrant une pratique potentiellement douteuse sur le plan éthique, en matière de lobbying? Sinon, pouvez-vous imaginer un exemple?
  2. Selon vous, la stratégie de la compagnie UBER, telle que décrite dans l’article, est-elle condamnable sur le plan éthique? Pourquoi Mme Boulay est-elle d’avis qu’il s’agit d’une zone « grise foncé » en matière d’astroturfing?
  3. Que pensez-vous de l’intention du commissaire au lobbyisme de considérer « l’appel au grand public » comme une activité de lobbyisme? Quelle devrait être la définition d’une telle activité pour ne pas confondre désinformation populaire planifiée et réelle manifestation spontanée?

Le cas Rabaska

Questions

  1. Quel est le rôle du professionnel des relations publiques qui a comme mandat de promouvoir un projet porteur d’externalités négatives pour les communautés environnantes?

    Les relations publiques ne sont pas neutres et n’ont pas la prétention de l’être. Pour le professionnel des relations publiques qui a comme mandat de promouvoir un projet potentiellement porteur d’externalités négatives pour les communautés environnantes, les enjeux sont de taille. Il est fort probable que ses intentions soient perçues, dès le départ, comme étant malhonnêtes par les parties prenantes. Son principal défi consistera à servir, en toute honnêteté, éthique et professionnalisme, le point de vue qu’il doit défendre. Comment s’y prendra-t il?

    Son rôle ne devra certainement pas consister à mettre en place des stratégies visant une acceptabilité sociale du projet à tout prix! Il devra plutôt chercher à instaurer un véritable dialogue entre l’organisation qu’il représente, les décideurs (les élus municipaux, par exemple) et la population. La mise en place d’un système de communication bidirectionnelle et symétrique, dans lequel il sera à la fois émetteur (il informera honnêtement et de façon transparente la population) et récepteur (il écoutera de façon active les questionnements, les doléances des parties prenantes dans le but de répondre aux questions et de régler conjointement les problèmes ou les enjeux soulevés), aura pour objectif d’en arriver, idéalement, à une acceptation du projet (possiblement modifié) de part et d’autre. Il valorisera l’intelligence citoyenne, fera preuve d’ouverture (prêt à travailler avec les populations locales) et de respect.

    1. Quel est le rôle du professionnel des relations publiques qui a comme mandat de promouvoir un projet porteur d’externalités négatives pour les communautés environnantes? (Cliquez sur l’image pour y accéder.)

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